La Russie brandit régulièrement la menace nucléaire sur fond de guerre en Ukraine, évoquant la perspective d’une escalade vers un conflit planétaire (1). En Asie, la Chine multiplie les démonstrations de force autour de Taïwan (2), tandis que la Corée du Nord intensifie ses provocations envers ses voisins. Ces tensions simultanées, portées par des puissances autoritaires dotées de l’arme atomique, alimentent les spéculations sur l’imminence d’une nouvelle guerre mondiale. Faut-il réellement craindre un embrasement global à brève échéance ? Cet article propose une analyse approfondie, historique et géopolitique, de la situation jusqu’en juin 2025 pour évaluer si le monde se dirige vers un tel conflit.
La guerre en Ukraine : origines historiques et situation actuelle
Le conflit en Ukraine, déclenché par l’invasion russe de février 2022, est au cœur des inquiétudes géopolitiques actuelles. Son origine plonge dans l’histoire soviétique : l’Ukraine, intégrée à l’URSS pendant des décennies, accède à l’indépendance en 1991 lors de l’éclatement de l’Union soviétique (3). Dès lors, le jeune État oscille entre rapprochement avec l’Europe et influence russe. La transition postsoviétique est marquée par des tensions identitaires et linguistiques internes, ainsi que par les ambitions de Moscou de maintenir l’Ukraine dans son orbite.
Dans les années 2000, l’« Révolution orange » (2004) puis le mouvement Euromaïdan (2013-2014) témoignent de l’aspiration d’une partie importante de la population ukrainienne à rejoindre le camp occidental (UE, OTAN). En réaction à la destitution du président prorusse Viktor Ianoukovytch, la Russie annexe la Crimée en mars 2014, invoquant la protection des populations russophones et s’appuyant sur un référendum local contesté (4). Presque simultanément, des séparatistes prorusses, appuyés discrètement par Moscou, déclenchent une insurrection armée dans le Donbass (est de l’Ukraine). Ce conflit dans l’est du pays s’enlise pendant huit ans, faisant plus de 14 000 morts, jusqu’à ce que la « guerre gelée » bascule en une invasion russe à grande échelle en février 2022 (5).
L’offensive de 2022 prend l’Ukraine et l’Europe par surprise par son ampleur. Les troupes russes attaquent depuis plusieurs axes (nord via la Biélorussie, est du Donbass, sud depuis la Crimée) et menacent directement Kiev. Vladimir Poutine justifie alors cette « opération militaire spéciale » par la nécessité de « démilitariser et dénazifier » l’Ukraine, considérée comme un avant-poste hostile de l’OTAN (6). Toutefois, la résistance acharnée de l’armée et du peuple ukrainiens déjoue les plans initiaux du Kremlin : la tentative de blitzkrieg échoue devant Kiev, et les forces russes se replient du nord au bout de quelques semaines. Le conflit se concentre ensuite dans l’est et le sud de l’Ukraine, où la Russie cherche à conquérir le Donbass et la façade maritime de la mer Noire.
Trois ans après le début de l’invasion, en juin 2025, la guerre se poursuit sans issue décisive. La Russie occupe encore environ 20 % du territoire ukrainien, après avoir même gagné du terrain en 2024 dans l’est du pays (7). Elle continue de bombarder régulièrement les villes ukrainiennes, visant les infrastructures énergétiques et les zones civiles, provoquant d’importantes destructions et de nombreuses victimes. De son côté, l’Ukraine, soutenue par les pays de l’OTAN, mène des contre-offensives et frappe ponctuellement des cibles militaires en territoire russe, notamment par des attaques de drones audacieuses (8). Les combats intenses ont déjà causé plus de 40 000 victimes civiles ukrainiennes depuis 2022 (9), et les pertes militaires des deux côtés se chiffrent en plusieurs centaines de milliers de tués ou blessés (10).
La dimension internationale du conflit ukrainien est manifeste. Bien que l’OTAN n’intervienne pas directement par des troupes au sol, ses pays membres fournissent un soutien massif à Kiev. Depuis 2022, l’Ukraine a reçu plus de 400 milliards de dollars d’aide cumulée, dont plus de 100 milliards de la part des États-Unis (11). Cette aide comprend des armements modernes (missiles antichars, systèmes anti-aériens, artillerie de précision, chars occidentaux, etc.), du renseignement, de la formation militaire et un appui économique d’urgence. Grâce à ce soutien, l’Ukraine a pu tenir militairement face à une armée russe supérieure en effectifs et en équipement au départ. Toutefois, la situation reste très difficile pour la population : la guerre a provoqué le déplacement interne de 3,7 millions de personnes et l’exode de 6,9 millions de réfugiés à l’étranger (12). Plus de 12 millions d’Ukrainiens dépendent désormais d’une aide humanitaire, et le pays fait face à une crise énergétique et économique majeure.
Sur le plan diplomatique, la guerre en Ukraine a ravivé des fractures profondes entre blocs. Les États occidentaux ont adopté des sanctions sans précédent contre la Russie : embargo sur le pétrole et le gaz russes, exclusion de banques du système SWIFT, gel des avoirs des proches du régime, etc. À l’inverse, la Russie s’est rapprochée d’autres puissances non occidentales : elle peut compter sur le soutien ou la neutralité bienveillante de pays comme la Chine, l’Iran ou la Corée du Nord qui, chacun à leur manière, fournissent armes ou appui politique à Moscou (13). Ce clivage rappelle par certains aspects l’ère bipolaire de la Guerre froide, avec un risque de confrontation indirecte entre la Russie et l’OTAN sur le théâtre ukrainien. « En Ukraine, les éléments structurels d’une guerre mondiale sont réunis », estime ainsi un analyste, soulignant que de nombreux pays sont déjà impliqués dans ce conflit par procuration (14).
Néanmoins, jusqu’à présent, les combats restent circonscrits au territoire ukrainien, évitant une extension territoriale de la guerre. Cet endiguement relatif s’explique en partie par la crainte partagée d’une escalade nucléaire, véritable ligne rouge. Moscou a en effet laissé entendre à plusieurs reprises qu’une intervention directe de l’OTAN ou des frappes ukrainiennes menaçant des sites stratégiques russes pourraient entraîner une riposte atomique (15). Vladimir Poutine et d’autres responsables russes (tels l’ex-président Dmitri Medvedev) ont multiplié les déclarations brandissant l’arsenal nucléaire russe, dissuadant de facto l’Occident d’une implication militaire directe (1). Cette épée de Damoclès nucléaire confine la guerre sur le sol ukrainien, mais fait aussi planer le spectre d’une conflagration mondiale en cas de faux pas. La centrale nucléaire de Zaporijjia, occupée par l’armée russe et régulièrement secouée par des combats, symbolise ce danger d’un accident aux conséquences transfrontalières : l’Agence internationale de l’énergie atomique a maintes fois alerté sur le risque d’un désastre nucléaire mondial si les hostilités y provoquaient une catastrophe (16).
Les ambitions de Vladimir Poutine et la crainte d’une escalade en Europe
Le président russe Vladimir Poutine occupe une place centrale dans la question d’un possible embrasement mondial. Ses ambitions géopolitiques affirmées et son mépris des règles internationales font redouter une extension du conflit au-delà de l’Ukraine. Depuis plus de vingt ans au pouvoir, Poutine a affiché à de multiples reprises sa volonté de restaurer la puissance russe et son « étranger proche » – cet espace post-soviétique que Moscou considère comme sa zone d’influence naturelle. L’OTAN et l’Union européenne sont perçues par le maître du Kremlin comme des menaces à cette sphère d’influence, en particulier lorsque ces structures avancent vers l’est. En 2004, l’élargissement de l’OTAN aux pays Baltes et d’Europe de l’Est, puis les perspectives d’adhésion offertes à la Géorgie et à l’Ukraine (sommet de l’OTAN de 2008), sont vécus à Moscou comme des lignes rouges franchies (17). Poutine, dans ses discours, a qualifié l’implosion de l’URSS de « plus grande catastrophe géopolitique du XX<sup>e</sup> siècle », laissant entendre son désir de corriger le cours de l’histoire (18).
Plusieurs analystes estiment que Poutine a « testé » à maintes reprises les réactions occidentales au fil des années, avant de se lancer dans l’offensive de 2022. Déjà en 2008, la Russie intervient militairement en Géorgie sous prétexte de protéger les régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie : malgré la violation flagrante de l’intégrité territoriale géorgienne, la réponse occidentale est mesurée, sans intervention militaire directe. En 2014, l’annexion de la Crimée et le soutien aux sécessionnistes du Donbass entraînent bien des sanctions internationales, mais pas de confrontation armée avec Moscou. « Il s’est trompé tant sur les réactions extérieures que sur le sentiment identitaire ukrainien », note un expert, à propos de Poutine, soulignant que le Kremlin n’avait pas anticipé la vigueur des sanctions ni l’unité du camp occidental en 2022 (6). Pour autant, le président russe ne semble pas reconnaître ses erreurs de calcul : il maintient fermement ses objectifs, quitte à payer un coût humain et économique exorbitant. « Il pourrait saisir n’importe quel prétexte pour nous tester », avertissait dès 2022 Thierry de Montbrial, président de l’Ifri, en parlant des intentions de Poutine vis-à-vis de l’OTAN (6). La crainte majeure concernant le dirigeant russe n’est pas une soudaine folie irrationnelle, soulignent les spécialistes, mais plutôt son isolement et son hubris, facteurs de possibles erreurs de calcul colossales (6).
Le scénario redouté en Europe serait une extension du conflit ukrainien vers d’autres pays, en particulier ceux qui font partie de l’OTAN. Les pays Baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) et la Pologne sont souvent cités comme les prochaines cibles potentielles si la Russie venait à atteindre ses fins en Ukraine. Ces États, autrefois sous domination soviétique, sont aujourd’hui membres de l’Alliance atlantique – ce qui signifie que toute agression russe en leur sein déclencherait automatiquement la clause de défense mutuelle (Article 5), propulsant les États-Unis et l’ensemble des pays de l’OTAN dans la guerre. Un tel engrenage signerait l’avènement d’un conflit mondial ouvert. « Si la Russie prend une action militaire contre n’importe quel État membre de l’OTAN, l’Alliance serait forcée dans une confrontation généralisée », résume un observateur, ce qui constituerait de facto l’entrée dans la Troisième Guerre mondiale (14).
Les signes précurseurs d’une telle escalade sont pris très au sérieux aux frontières orientales de l’Europe. Depuis 2022, la Pologne et les États baltes ont considérablement renforcé leurs capacités de défense et leurs plans d’urgence. Varsovie a ainsi doublé son budget militaire et lancé la construction d’une véritable forteresse le long de la Biélorussie et de l’enclave russe de Kaliningrad, érigeant des barrières anti-chars et rétablissant l’usage de mines antipersonnel en se retirant du traité d’Ottawa (19). Les pays baltes, eux, multiplient les exercices de défense civile : en Lettonie, les cours de défense nationale sont désormais obligatoires au lycée, et en Estonie comme en Lituanie, on recense et rénove les abris anti-aériens hérités de la Guerre froide (20). « Nous devons être préparés à une guerre », a même déclaré sans détour le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius fin 2024, justifiant la remilitarisation accélérée de l’Allemagne (21).
Il faut dire que la Russie a donné plusieurs gages de ses intentions offensives. Depuis juin 2023, Moscou a déployé des armes nucléaires tactiques en Biélorussie, aux portes de l’OTAN (19). L’oblast de Kaliningrad, enclave russe au cœur de l’UE, a également vu ses capacités militaires renforcées, avec de nouveaux missiles, navires et avions susceptibles d’emporter l’arme nucléaire (19). Parallèlement, malgré les lourdes pertes subies en Ukraine, l’armée russe affiche une étonnante capacité de reconstitution et de modernisation. Son effectif total est en cours d’augmentation de 30 %, pour atteindre 1,5 million de soldats d’ici 2026, avec la création de nouvelles unités déployées sur le flanc ouest du pays (19). Selon le général Christopher Cavoli, commandant des forces américaines en Europe, « malgré les pertes, l’armée russe se reconstitue et croît à un rythme plus rapide que prévu : en fait, elle est aujourd’hui plus grande qu’au début de la guerre » (19). Le budget de la défense russe a atteint un record de 130 milliards d’euros en 2025, et l’industrie tourne à plein régime pour remplacer les matériels détruits, aidée par des technologies obtenues clandestinement auprès de pays comme la Chine (19).
D’après un rapport des renseignements danois, la Russie pourrait être en mesure, une fois son armée réorganisée, de mener une nouvelle guerre locale dans un pays voisin sous six mois, une guerre régionale contre les pays baltes sous deux ans, et un conflit de grande ampleur en Europe dans les cinq ans si les États-Unis se désengagent (19). Ces hypothèses alarmantes expliquent l’empressement des voisins de la Russie à se barricader et à plaider pour le soutien indéfectible de Washington. La perspective d’un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche – qui avait laissé entendre un moindre engagement américain en Europe – a d’ailleurs accentué ce sentiment d’urgence fin 2024 (21). « Plus on va près de la frontière russe, plus la Russie fait peur et l’on assiste à une réelle préparation des populations », observe une chercheuse française, en évoquant le climat en Europe de l’Est (21).
À ce stade, la dissuasion de l’OTAN fonctionne encore : Poutine n’a pas osé s’en prendre militairement à un pays membre, sachant qu’il affronterait alors une coalition de 30 États représentant plus de la moitié de la puissance militaire mondiale. L’unité affichée de l’OTAN – renforcée par la candidature de la Finlande et de la Suède suite à l’invasion de l’Ukraine – a jusqu’ici contenu ses visées expansionnistes. Cependant, la menace d’actions « hybrides » ou limitées n’est pas exclue : des scénarios envisagent par exemple des incursions discrètes de « petits hommes verts » (forces sans insignes) dans les pays baltes, ou des sabotages d’infrastructures critiques en Pologne, pour tester la réaction occidentale sans déclencher automatiquement la clause de défense mutuelle (6)(21). « Vis-à-vis de l’OTAN, Poutine a la maîtrise des premiers barreaux de l’escalade », analyse Thierry de Montbrial ; il pourrait initier une provocation calculée, comptant sur le doute ou les divisions en Europe pour éviter une riposte frontale (6). La vigilance reste donc de mise, car une erreur d’appréciation ou un incident mal géré sur le flanc oriental de l’Alliance pourrait suffire à allumer l’étincelle d’un conflit généralisé en Europe.
Les foyers de tension en Asie : Taïwan et la péninsule coréenne
Alors que l’attention mondiale se focalise sur l’Ukraine, d’autres théâtres de tensions pourraient simultanément basculer dans la guerre et contribuer à un embrasement global. L’Asie de l’Est est particulièrement surveillée, avec deux points chauds : le détroit de Taïwan et la péninsule coréenne. Chacun implique des puissances nucléaires et le risque d’entraîner les États-Unis – donc l’OTAN – dans un conflit d’ampleur. Certains stratèges évoquent même la possibilité coordonnée de crises multiples : une offensive chinoise sur Taïwan et une agression nord-coréenne contre la Corée du Sud ou le Japon, menées en parallèle à l’attaque russe en Europe, mettraient les démocraties occidentales devant un scénario de guerres simultanées sur plusieurs continents.
La Chine et la tentation d’envahir Taïwan
La République populaire de Chine considère l’île de Taïwan comme une province insoumise, partie intégrante de son territoire national. Depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949, Taïwan (officiellement la République de Chine) vit de facto en indépendance, avec son propre gouvernement démocratiquement élu et son économie florissante, soutenue discrètement par les États-Unis et leurs alliés. Pékin a juré de réaliser « la réunification » de l’île avec le continent, par la force si nécessaire, et voit l’influence américaine dans le détroit comme une ingérence inacceptable dans sa souveraineté. Cette question de Taïwan est sans doute le point de friction le plus dangereux entre la Chine et les États-Unis, deux superpuissances dont un affrontement militaire aurait immanquablement une portée mondiale (17).
Ces dernières années, la Chine de Xi Jinping a adopté une posture de plus en plus agressive autour de Taïwan. L’Armée populaire de libération (APL) intensifie ses manœuvres militaires : incursions quasi quotidiennes d’avions de chasse chinois dans la zone d’identification aérienne taïwanaise, exercices navals à tir réel dans le détroit, simulations de blocus de l’île… En août 2022, la visite à Taipei de la présidente de la Chambre des représentants américaine Nancy Pelosi a déclenché des manœuvres chinoises d’une envergure inédite, incluant des tirs de missiles balistiques au-dessus de Taïwan. Pékin cherche ainsi à épuiser et intimider les Taïwanais, tout en signalant à Washington sa détermination. En 2023-2024, la PLA a mené des exercices de blocus et de débarquement amphibie à grande échelle, qualifiés de « répétition générale d’une invasion future » par des observateurs (2). La Chine a également dévoilé de nouveaux équipements comme des barges de débarquement et des systèmes capables de couper les câbles sous-marins Internet, démontrant qu’elle prépare méthodiquement l’éventualité d’une opération d’envergure contre l’île (2).
Du côté américain, le soutien à Taïwan s’est renforcé, malgré l’absence de relation diplomatique officielle. Washington fournit des armes défensives avancées à Taipei (missiles anti-navires, systèmes anti-aériens, formation militaire) et maintient une ambiguïté stratégique sur son intervention directe en cas d’attaque chinoise. Officiellement, les États-Unis adhèrent à la politique d’« une seule Chine » (ne reconnaissant pas Taïwan comme un État souverain), mais officieusement ils ont fait de la préservation du statu quo un impératif. En septembre 2022 puis à nouveau en 2023, le président Joe Biden a même affirmé explicitement que l’Amérique défendrait Taïwan militairement en cas d’invasion – des déclarations certes nuancées ensuite par la Maison-Blanche, mais qui marquent une fermeté accrue face à Pékin.
Beaucoup d’experts estiment que la période 2025-2030 sera critique. « De nombreux observateurs anticipent que la Chine cherchera à être en mesure d’envahir Taïwan d’ici 2027 », note un analyste, cette date marquant le centenaire de la création de l’Armée populaire de libération, un anniversaire symbolique pour Xi Jinping (2). Le renseignement américain partage cette préoccupation : le « moment de danger maximal » pourrait survenir autour de 2027-2030, lorsque Pékin jugera son armée suffisamment prête et que l’opportunité géopolitique se présentera (par exemple si les États-Unis sont accaparés ailleurs). Selon la presse britannique, les milieux d’affaires occidentaux commencent à intégrer ce risque : 2027 est vue par certains comme l’horizon d’un conflit majeur impliquant la Chine (1).
Un assaut contre Taïwan ouvrirait un second front potentiellement mondial. D’abord, Taïwan lui-même est un acteur économique crucial (premier producteur mondial de semi-conducteurs avancés) ; une guerre y aurait des répercussions planétaires sur les industries technologiques. Surtout, une invasion chinoise entraînerait quasi certainement une riposte militaire des États-Unis et du Japon, et possiblement d’autres alliés comme l’Australie ou le Royaume-Uni, qui ne laisseraient pas tomber cette démocratie de 24 millions d’habitants. « Il est difficile d’envisager une guerre mondiale sans un affrontement États-Unis-Chine », soulignent des experts : si la Chine attaque Taïwan et que l’Amérique intervient, on bascule dans un conflit entre deux géants nucléaires (17). L’issue serait incertaine, tant la puissance militaire chinoise a grandi, mais l’affrontement pourrait s’étendre en mer de Chine, dans le Pacifique, voire sur le territoire américain ou chinois via des cyberattaques ou des frappes à distance.
La Chine est consciente que franchir le Rubicon comporte un risque extrême. Beijing cherche idéalement à dissuader l’ingérence étrangère par sa propre montée en puissance. Toutefois, en l’état actuel, Taïwan demeure protégée par l’ombrelle américaine, et la perspective d’une guerre totale contre Washington reste dissuasive pour Xi Jinping (2). On observe ainsi un jeu d’intimidation mutuelle : l’APL exhibe ses muscles, pendant que les États-Unis renforcent l’îlot (ventes d’armes record, visites de parlementaires, partenariats économiques) et que l’OTAN mentionne désormais la Chine dans ses documents stratégiques. « Les dirigeants politiques, militaires et industriels ne peuvent plus se permettre d’ignorer le scénario d’une invasion », écrit un média britannique, ajoutant qu’un tel choc « ébranlerait les fondations du monde tel que nous le connaissons et pourrait bien déclencher une Troisième Guerre mondiale » (2). En somme, le sort de Taïwan est aujourd’hui l’un des baromètres du risque de conflit mondial : toute conflagration dans le détroit aurait des répercussions bien au-delà de la région.
La Corée du Nord, facteur de chaos mondial ?
Sur la péninsule coréenne, la situation s’est de nouveau tendue à un niveau inédit depuis les grandes crises nucléaires des années 2010. La Corée du Nord de Kim Jong-un, isolée et dotée d’armes nucléaires, multiplie les provocations militaires envers la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis. Essais de missiles balistiques à répétition (y compris au-dessus du territoire japonais), tirs de fusées simulant des frappes nucléaires tactiques, infiltration de drones espions en Corée du Sud : Pyongyang cherche à montrer qu’il est prêt à tout pour dissuader ses ennemis et faire reconnaître son statut de puissance nucléaire à part entière.
En 2022, Kim Jong-un a fait adopter une nouvelle doctrine affirmant le caractère « irréversible » du statut nucléaire nord-coréen, s’octroyant le droit de frapper préventivement si sa survie est menacée. Début 2024, le régime a proclamé avoir « éliminé l’idée d’une réunification pacifique » avec le Sud, scellant la fin de la moindre illusion de dialogue (2). En réponse, la Corée du Sud a annulé l’accord de non-agression de 2018 et renforcé sa coopération militaire avec Washington et Tokyo. Des incidents frontaliers illustrent la montée du danger : en avril 2024, des soldats nord-coréens ont franchi la ligne de démarcation démilitarisée, provoquant des tirs de semonce de la part du Sud (2). Chaque camp accuse l’autre de préparer une agression, alimentant un climat digne de la Guerre froide.
La particularité du dossier nord-coréen est l’imbrication de plusieurs acteurs : toute guerre qui y éclaterait impliquerait au minimum la Corée du Nord, la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis – avec en toile de fond la Chine, allié historique de Pyongyang. Kim Jong-un sait qu’une attaque directe contre Séoul ou Tokyo provoquerait une riposte américaine dévastatrice et signerait probablement la fin de son régime. Mais il peut être tenté par des actions limitées pour faire monter les enchères, comme des frappes d’artillerie sur les îles sud-coréennes frontalières, ou un tir de missile à proximité d’Hawaï ou de Guam (territoires américains dans le Pacifique). Le risque d’escalade incontrôlée serait alors très élevé.
Un scénario redouté par des experts serait une coordination tacite entre Pékin et Pyongyang en cas de crise majeure. « Le scénario le plus probable, ce n’est pas que le Nord envahisse le Sud de lui-même, c’est que la Chine l’encourage à le faire pour chasser les troupes américaines d’Asie », analyse un spécialiste, « ouvrant un nouveau front contre les États-Unis afin de faciliter la prise de Taïwan par Pékin » (2). Autrement dit, dans l’hypothèse d’un conflit sino-américain autour de Taïwan, la Corée du Nord pourrait constituer le deuxième front asiatique d’une guerre mondiale, en attaquant au même moment la Corée du Sud ou le Japon. Trois puissances nucléaires seraient alors engagées simultanément en Asie (Chine, Corée du Nord d’un côté ; États-Unis de l’autre), en plus du théâtre européen avec la Russie. Une telle conflagration à multiples foyers surpasserait en complexité et en danger tout ce que le monde a connu depuis 1945.
Déjà, des liens plus étroits se tissent entre Moscou, Pékin et Pyongyang dans le contexte de la guerre en Ukraine. En 2023-2024, la Corée du Nord a fourni des munitions d’artillerie à la Russie, qui en échange lui apporterait une aide technologique pour ses programmes balistique et spatial (22). Des médias ont rapporté la présence de volontaires ou instructeurs nord-coréens aux côtés des troupes russes, ce qui a renforcé les craintes occidentales d’un élargissement du conflit (22). « Nous sommes dans un entre-deux mondes, un ancien ordre qui se disloque et un nouvel ordre à définir, où la rivalité des grandes puissances pourrait déboucher, comme en 1914, sur une guerre mondiale », prévient Robert A. Manning, ex-conseiller du Département d’État américain, en pointant l’émergence d’un bloc russo-chinois-nord-coréen face au bloc américano-européen et alliés asiatiques (22). Selon lui, « la Corée du Nord pourrait bien être l’allumette qui déclenche un chaos mondial » (22). Une attaque imprévisible de Kim Jong-un – par exemple un missile nucléaire tactique lancé en mer du Japon – pourrait provoquer un engrenage incontrôlable.
Pour l’heure, la dissuasion continue de jouer en Corée comme en Europe. Les États-Unis ont déployé à nouveau des moyens stratégiques dans la région (sous-marins nucléaires d’attaque, bombardiers B-52, groupe aéronaval) pour signaler à Pyongyang que toute attaque serait suicidaire. La Corée du Sud et le Japon, quant à eux, renforcent leur bouclier antimissile et envisagent même – débat jadis tabou – la possibilité d’accueillir à terme des armes nucléaires tactiques américaines en riposte aux provocations du Nord. Kim Jong-un, de son côté, vient de mettre en service un nouveau sous-marin lance-missiles et un destroyer capables de tirer des missiles balistiques nucléaires, démontrant son ambition d’être pris au sérieux comme puissance militaire globale (2). Cette course aux armements dans un espace aussi exigu que la péninsule coréenne laisse peu de marge d’erreur : la moindre erreur de calcul, erreur technique ou escalade verbale pourrait y déclencher un affrontement. Et vu les alliances en jeu, ce dernier déborderait presque immanquablement le cadre régional.
Vers un conflit mondial ? Scénarios et probabilités
Face à ce tableau de tensions en Europe et en Asie, la question centrale demeure : une Troisième Guerre mondiale est-elle imminente, inévitable, ou peut-elle encore être évitée ? Les avis des experts, stratèges militaires et chercheurs divergent, oscillant entre mise en garde et relativisation du danger à court terme. Tous s’accordent néanmoins à dire que le risque d’un conflit majeur existe, même s’ils diffèrent sur son niveau de probabilité et son échéance.
Certaines personnalités civiles et militaires n’hésitent plus à évoquer ouvertement le spectre d’une conflagration mondiale. Ainsi, en janvier 2023, l’horloge de l’Apocalypse du Bulletin des scientifiques atomistes, baromètre du risque global, a été avancée à 90 secondes avant minuit – puis à 89 secondes en 2025, un record historique signalant un danger sans précédent (23). Les responsables de cette initiative ont cité explicitement la guerre en Ukraine, les menaces nucléaires proférées par la Russie et les tensions autour de Taïwan et de l’Iran pour justifier cette urgence : l’humanité n’a jamais été aussi proche de l’autodestruction depuis l’invention de l’arme atomique, selon eux (23). Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU, a multiplié les mises en garde contre une « apocalypse nucléaire » potentielle, rappelant que « aucune guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit être menée » (16). Chaque essai de missile nord-coréen ou incident autour de Zaporijjia vient entretenir ce sentiment d’un compte à rebours menaçant.
Du côté des opinions publiques, l’inquiétude est palpable. Des sondages récents montrent qu’en Europe de l’Ouest, entre 41 % et 55 % des personnes estiment qu’une nouvelle guerre mondiale est probable d’ici 5 à 10 ans, tandis qu’aux États-Unis, 45 % partagent cet avis (24). Une large majorité des citoyens interrogés pensent qu’un tel conflit, s’il éclatait, impliquerait l’usage d’armes nucléaires (68 % à 76 % selon les pays) et ferait encore plus de victimes que les précédentes guerres mondiales (24). Près d’un sondé sur trois va même jusqu’à craindre des milliards de morts dans ce scénario cataclysmique (24). Ces perceptions, sans garantir la réalité, reflètent un climat anxiogène où le spectre de la guerre globale n’est plus relégué aux œuvres de fiction mais bien débattu comme une possibilité concrète de l’avenir proche.
Cependant, de nombreux experts en stratégie relativisent l’imminence du danger. « La situation actuelle, bien que chaotique, ne correspond pas encore à une “Troisième Guerre mondiale” en gestation », affirment par exemple deux professeurs en relations internationales de l’Université Texas A&M, qui jugent les comparaisons aux années 1930 exagérées (25). Selon eux, pour parler de guerre mondiale, il faudrait une confrontation militaire directe entre grandes puissances dans plusieurs régions, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui : la Russie, affaiblie, affronte surtout l’Ukraine, et la Chine n’est pas (pas encore) en guerre ouverte contre les États-Unis (25). « L’armée russe actuelle est une pâle imitation de l’Armée rouge », note l’un de ces chercheurs, soulignant que la Russie, malgré son arsenal nucléaire, ne dispose pas de la puissance conventionnelle globale qu’avait l’URSS face à l’OTAN (25). Quant à la Chine, « ce n’est pas encore un rival militaire à parité avec les États-Unis » – son budget de défense et sa technologie restent en deçà, et son économie présente des fragilités (25). De ce point de vue, les conditions d’un choc mondial généralisé ne seraient pas encore réunies : le principal adversaire susceptible de défier l’ordre américain est la Chine, et tant que l’affrontement avec elle n’est pas déclenché, on ne peut parler de “World War III” (25).
Ces experts estiment donc que le risque à très court terme (1 à 2 ans) d’une guerre mondiale reste faible, car ni Moscou ni Pékin n’ont intérêt ou capacité à provoquer un tel clash frontal aujourd’hui. En revanche, ils reconnaissent que nous sommes entrés dans une nouvelle ère de rivalités entre grandes puissances, marquée par la fin de la prédominance absolue des États-Unis après la Guerre froide (25). « Ce que nous voyons, c’est un retour à la politique des grandes puissances », explique le Pr J. Castillo : la Russie et la Chine, sans pouvoir encore vaincre les États-Unis dans un conflit global, sont désormais prêtes à pousser leurs pions régionalement pour remettre en cause l’ordre international libéral (25). Cela se traduit par des guerres régionales plus fréquentes, des tensions accrues, mais pas nécessairement par un conflit mondial immédiat. En somme, nous serions plutôt dans une phase transitoire, où le risque d’erreur existe mais où les acteurs majeurs cherchent encore à éviter l’apocalypse tout en avançant leurs intérêts.
Plusieurs facteurs jouent en faveur d’une prévention d’une guerre mondiale : la dissuasion nucléaire d’abord, qui, malgré son rôle anxiogène, installe une certaine prudence chez les dirigeants (personne ne pouvant espérer gagner une guerre atomique). Ensuite, l’interdépendance économique : Chine et Occident, par exemple, ont des échanges commerciaux massifs qui rendent un conflit extrêmement coûteux pour tous. Enfin, l’absence de blocs d’alliance aussi rigides qu’en 1914 ou 1939 : le monde de 2025 est plus complexe, avec des puissances émergentes (Inde, pays du Sud) qui tenteraient de jouer les médiateurs plutôt que de s’aligner aveuglément.
Néanmoins, le risque d’engrenage accidentel ou de mauvaise appréciation demeure. Les optimistes soulignent que, jusqu’ici, chaque camp a su faire preuve de retenue (OTAN non-belligérante en Ukraine, Chine évitant de franchir la ligne rouge à Taïwan, etc.). Les pessimistes rétorquent qu’en 1914 aussi, aucun dirigeant ne voulait une guerre mondiale, et pourtant le jeu des alliances et l’excès de confiance ont conduit au désastre. « Nous vivons un moment comparable aux veilles de 14-18 ou 39-45, avec des puissances révisionnistes prêtes à tout », avertissent certains stratèges, citant la Russie et la Corée du Nord comme détonateurs possibles (22).
En définitive, la probabilité qu’une guerre mondiale éclate en 2025 même reste difficile à évaluer précisément. La plupart des spécialistes penchent pour un scénario évitant la conflagration générale à court terme, mais reconnaissent que le monde n’a jamais été aussi proche d’un tel dérapage depuis des décennies. « Tant que les États-Unis ne sont pas entraînés dans une guerre contre la Chine, et que cette guerre ne se conjugue pas avec celles en Europe et au Moyen-Orient, on ne parlera pas de guerre mondiale », résume le Pr J. Schuessler (25). Or, empêcher cette conjonction nécessite une gestion extrêmement fine de chaque crise régionale.
Conséquences humanitaires et sanitaires d’un conflit mondial
Si, par malheur, une Troisième Guerre mondiale venait à éclater, ses conséquences dépasseraient de loin en horreur et en ampleur celles des précédents conflits mondiaux, en raison notamment des arsenaux actuels. Il est crucial d’envisager ce qu’impliquerait un tel cataclysme planétaire du point de vue de la santé publique, des victimes civiles et militaires, et de la survie même de nos sociétés.
Un conflit mondial aujourd’hui risquerait fort d’impliquer l’emploi d’armes non conventionnelles – d’abord nucléaires, mais possiblement aussi chimiques, biologiques ou radiologiques (bombes « sales »). La planète compte encore environ 13 000 ogives nucléaires réparties entre neuf pays, dont plus de 90 % aux mains des États-Unis et de la Russie (16). Une guerre généralisée pourrait très vite escalader en échanges nucléaires, par exemple si l’un des protagonistes se sentait acculé. « Une seule détonation nucléaire provoquerait un Armageddon humanitaire », ont alerté de concert le secrétaire général de l’ONU et le président de l’Assemblée générale : les bombes atomiques sont les armes les plus destructrices jamais créées, elles « n’offrent aucune sécurité, seulement carnage et chaos » (16). Les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki en 1945 ont montré l’effet immédiat (des villes anéanties, des dizaines de milliers de morts instantanés, des brûlures et irradiations massives) et les effets à long terme (cancers, malformations, traumatismes psychologiques) d’un emploi pourtant limité de l’arme nucléaire. Aujourd’hui, les engins sont des dizaines de fois plus puissants et nombreux.
Des études scientifiques tentent de modéliser l’impact d’une guerre nucléaire sur la population mondiale. Les résultats sont apocalyptiques. Selon une étude parue en 2022 dans la revue Nature Food, une guerre nucléaire totale entre les États-Unis et la Russie provoquerait un hiver nucléaire et une famine planétaire entraînant la mort de plus de 5 milliards d’êtres humains (26). Même un conflit nucléaire régional – par exemple entre l’Inde et le Pakistan – pourrait tuer des milliards de personnes indirectement, en obscurcissant l’atmosphère de suie et en effondrant les productions agricoles mondiales. En clair, au-delà des victimes directes des explosions, l’humanité dans son ensemble serait menacée par l’empoisonnement radioactif, l’absence de nourriture et l’effondrement des systèmes de santé.
Sur le terrain, les blessures de guerre atteindraient une échelle indescriptible. L’expérience ukrainienne offre un sombre aperçu : en trois ans de conflit, environ 100 000 amputations ont déjà dû être pratiquées sur des blessés en Ukraine, faute de pouvoir sauver leurs membres mutilés par les tirs d’artillerie ou les mines (27). Les hôpitaux ukrainiens ont recensé un afflux massif de polytraumatisés, souvent difficiles à soigner du fait du manque d’équipements et du danger constant (27). Dans une guerre mondiale, ce type de blessure serait démultiplié sur plusieurs continents, alors même que les infrastructures médicales seraient la cible de destructions. En Ukraine, plus de 2 250 attaques contre des établissements de santé (hôpitaux, ambulances, personnels soignants) ont été documentées en 3 ans, mettant à rude épreuve le système de soins (27). A l’échelle mondiale, des frappes massives anéantiraient de nombreux hôpitaux. Les personnels soignants seraient débordés, voire eux-mêmes victimes. On peut craindre un effondrement complet des services d’urgence et des capacités de réanimation, exactement au moment où des millions de blessés en auraient un besoin désespéré.
Les conséquences psychologiques et mentales seraient également dramatiques. La guerre en Ukraine a déjà plongé une large part de la population dans la détresse : selon l’OMS, 68 % des Ukrainiens rapportent une détérioration de leur santé depuis le début de l’invasion, et les troubles les plus répandus touchent la santé mentale (anxiété, dépression, stress post-traumatique) chez près de la moitié des personnes (27). Un enfant ukrainien sur cinq a perdu un proche à cause de la guerre, ce qui laisse présager une génération marquée psychologiquement. Dans un conflit mondial, la terreur nucléaire s’ajouterait à la violence conventionnelle, provoquant un traumatisme collectif sans précédent. Durant la crise des missiles de 1962, beaucoup de gens avaient développé des angoisses existentielles intenses en quelques jours ; imaginer ces peurs prolongées et concrétisées par des bombardements effectifs dépasse tout ce que nos systèmes de santé mentale actuels pourraient gérer. Les troubles de stress aigu et les psychoses de guerre concerneraient potentiellement des centaines de millions de personnes, sur plusieurs générations.
Par ailleurs, un conflit global détournerait les ressources sanitaires des enjeux courants, aggravant d’autres crises. Les maladies infectieuses pourraient se répandre faute de surveillance épidémiologique (comme on l’a vu avec la COVID-19 pendant laquelle les conflits ont empiré les bilans dans certaines zones). La destruction des réseaux d’eau potable et d’assainissement favoriserait les épidémies de choléra, dysenterie, etc. Un exemple historique : durant la Première Guerre mondiale, l’épidémie de grippe « espagnole » de 1918 s’est propagée plus aisément à cause des mouvements de troupes et de réfugiés, faisant plus de morts encore que la guerre elle-même. Au XXI<sup>e</sup> siècle, une guerre mondiale sur fond de pandémies (grippe aviaire, virus émergents) pourrait entraver gravement la lutte contre celles-ci, créant des catastrophes sanitaires concomitantes.
Enfin, les armes chimiques et biologiques – interdites mais dont certains États possèdent encore des stocks – pourraient être utilisées dans la fuite en avant d’une guerre totale. Les gaz neurotoxiques, agents pathogènes militarisés (variole, anthrax) ou autres horreurs auraient des effets épouvantables sur les populations civiles et les écosystèmes, avec d’éventuelles contaminations durables. Les précédents de leur usage (comme les attaques chimiques en Syrie dans les années 2010) montrent l’impuissance relative de la communauté internationale à prévenir ce recours lorsque des régimes sont acculés. Dans un contexte de guerre mondiale, de tels crimes de guerre pourraient se multiplier.
En somme, la santé globale subirait un effondrement complet en cas de Troisième Guerre mondiale. Les médecins et humanitaires ne cessent de le répéter : la seule parade efficace est la prévention de la guerre elle-même. « La dissuasion n’est pas une protection : c’est un pari sur la rationalité de l’ennemi. Si ce pari échoue, vous allez mourir ou subir des conséquences très graves », rappelle un spécialiste français du nucléaire, soulignant l’illusion de croire qu’on pourrait gérer une guerre nucléaire (21). Au vu des projections scientifiques et historiques, il n’y aurait tout simplement pas de système de santé capable de faire face à l’ampleur d’un tel désastre. D’où l’importance, pour la communauté internationale, de redoubler d’efforts diplomatiques afin d’éviter que les crises actuelles ne dégénèrent jusqu’à ce point de non-retour.
Préparatifs, témoignages et état d’esprit face à la menace
Devant ces perspectives inquiétantes, comment réagissent les États, les militaires et les citoyens ? Depuis 2022, on observe à la fois une prise de conscience et une nervosité croissante dans de nombreuses sociétés. Des campagnes de préparation civile refont surface dans certains pays, tandis que les témoignages de ceux qui vivent la guerre ou s’y préparent soulignent l’angoisse mais aussi la détermination à éviter le pire.
En Europe, la guerre en Ukraine a servi de signal d’alarme. Des gouvernements, surtout en Europe du Nord et de l’Est, ont recommencé à instruire leur population sur les conduites à tenir en cas de conflit sur le sol national. La Suède a distribué à ses 5 millions de foyers un livret intitulé « En cas de crise ou de guerre », détaillant comment trouver les abris anti-bombes, constituer des réserves d’eau et de nourriture et réagir à une attaque (21). La Finlande, elle, dispose d’abris souterrains pouvant accueillir pratiquement l’intégralité de ses 5,5 millions d’habitants, héritage de la Guerre froide soigneusement entretenu, et encourage chaque famille à avoir un kit d’urgence (21). La Norvège a publié un guide sur la manière dont les citoyens peuvent contribuer à la résilience en cas de crise majeure (21). De telles mesures de protection civile, incluant désormais des chapitres sur les cyberattaques ou les pénuries d’énergie, n’avaient pas été vues à cette échelle depuis la fin de la Guerre froide (21).
En Allemagne, le ministre de la Défense a frappé les esprits en déclarant fin 2024 : « Nous devons être préparés à une guerre » (21). Berlin a depuis lancé un recensement national des abris antiatomiques et anti-aériens : parkings souterrains, stations de métro, caves d’immeubles, tout est listé pour voir combien de personnes pourraient être protégées en cas de bombardement (21). On compte environ 600 bunkers publics encore utilisables en Allemagne, pouvant abriter à peine un demi-million de personnes – un chiffre insuffisant que les autorités cherchent à augmenter. Cette frénésie de « réarmement mental » illustre l’atmosphère pesante : pour la première fois depuis des générations, la possibilité d’une guerre sur le sol européen n’est plus perçue comme nulle.
Ces préparatifs pratiques s’accompagnent d’une évolution de l’opinion. « Si vous construisez des abris, cela montre qu’on ne croit pas entièrement à la dissuasion nucléaire », note un conseiller du gouvernement français, justifiant en partie l’inaction de la France en la matière (21). En effet, Paris reste un cas à part : misant tout sur sa force de dissuasion, la France n’a quasiment pas d’abris pour sa population (moins de 1 000 au total), et aucune campagne publique de préparation n’a eu lieu (21). Un choix que d’aucuns commencent à contester : un sénateur a publiquement interpellé le gouvernement sur cette « insigne faiblesse » en protection civile, soulignant qu’elle laisse 99 % des Français sans refuge en cas d’attaque (21). Pour l’instant, la réponse officielle reste que la doctrine de dissuasion nucléaire protège la France, car « si l’ennemi choisit de prendre le risque, vous allez mourir » – autrement dit, la seule stratégie est d’empêcher l’attaque par la menace de représailles (21). Mais cette logique commence à être interrogée face à l’imprévisibilité de dirigeants comme Poutine ou Kim.
Du côté de la population, on constate un regain d’intérêt pour les solutions individuelles, signe d’une anxiété diffuse. En Europe occidentale, des entreprises spécialisées dans la construction de bunkers privés rapportent une explosion de la demande depuis 2022 (21). En France, l’un des rares fabricants d’abris anti-atomiques a vu le téléphone sonner sans répit après que le président Macron a évoqué en février 2024 l’envoi possible de troupes françaises en Ukraine : « Pendant un mois, on a eu 200 appels par jour », raconte son gérant (21). Des profils variés – couples jeunes, personnes âgées, parents isolés – cherchent à s’équiper de pièces blindées et filtrées NRBC dans leur jardin ou leur sous-sol, prêtes à les protéger quelques jours en cas d’attaque nucléaire ou chimique (21). Ce phénomène rappelle les pics d’angoisse de la guerre froide, où des milliers de familles américaines s’étaient fait construire des shelters dans les années 1960. Aujourd’hui, c’est en Europe que cette peur tangible ressurgit.
Les témoignages de citoyens aux avant-postes de la crise ukrainienne sont particulièrement édifiants. « Les gens sont épuisés, qu’il s’agisse des patients ou du personnel soignant », confie Olha Zavyalova, médecin urgentiste à Dnipro en Ukraine (27). « Être médecin en temps de guerre signifie rentrer chez soi après chaque service en souhaitant que la guerre n’ait jamais eu lieu, et en priant pour qu’elle prenne fin rapidement. » Malgré la fatigue et le stress permanents – les sirènes, l’afflux de blessés graves, la peur pour leurs proches – Olha et ses collègues continuent de soigner sans relâche. « Nous ne pouvons nous permettre d’être fatigués. Nos patients ont besoin de nous », dit-elle, illustrant la résilience héroïque du corps médical ukrainien (27). Ce témoignage met en lumière l’impact humain concret de ce conflit prolongé : derrière les statistiques de victimes, il y a d’innombrables drames individuels et des professionnels en première ligne qui tentent de colmater les plaies d’une nation sous le choc.
Du côté militaire, les sentiments oscillent entre inquiétude et détermination. En Pologne, qui se sent directement menacée par Moscou, de nombreux réservistes et volontaires s’entraînent sérieusement, conscients qu’ils pourraient être les prochains à combattre. Le gouvernement y a même instauré des formations au maniement des armes dès le lycée, et encouragé les clubs de tir. « Ces États le savent : ils n’ont pas de temps à perdre », écrit L’Express au sujet des voisins de la Russie, soulignant l’urgence qu’ils ressentent à se préparer (19). Un officier estonien confiait récemment qu’il « voit apparaître sur la frontière russe de nouvelles installations militaires flambant neuves », preuve que l’ennemi potentiel se prépare lui aussi (19). Cette réalité alimente chez les soldats baltes une lucidité mêlée de sang-froid : ils savent que leur armée seule ne ferait pas le poids, mais comptent sur l’appui des alliés OTAN tout en se tenant prêts à ralentir l’adversaire.
« Il n’y a pas de menace imminente de conflit ouvert en Europe, mais tout le monde anticipe ce qui va se passer avec la prise de fonction de Trump en janvier », analysait en décembre 2024 le général Olivier Kempf, alors que les Européens redoutaient un relâchement du soutien américain (21). Cette phrase illustre une autre dimension : l’appréhension des changements politiques. En effet, le retour possible d’un président américain moins engagé aux côtés de l’OTAN (Donald Trump en l’occurrence) a incité Européens et Ukrainiens à accélérer la recherche de solutions avant un éventuel désengagement. La tension internationale se nourrit aussi de ces incertitudes politiques internes aux grandes puissances.
Enfin, au-delà des préparatifs matériels, beaucoup appellent à renforcer la diplomatie et la réflexion stratégique pour conjurer la fatalité de la guerre mondiale. Des voix plaident pour rouvrir des canaux de dialogue : reprendre des négociations sur le contrôle des armements nucléaires (traités INF, New Start, etc., aujourd’hui fragilisés ou caducs), créer des garde-fous entre OTAN et Russie pour éviter un incident militaire, ou encore établir des protocoles de communication d’urgence entre Washington et Pékin pour Taïwan. Chaque crise a ses médiateurs potentiels (Turquie et ONU pour les corridors en mer Noire, France ou Chine pour le dialogue Russie-Ukraine, etc.), qu’il s’agit de mobiliser plus efficacement. L’objectif partagé est de gagner du temps et de diminuer la méfiance, afin d’empêcher un engrenage fatal. Comme l’a souligné un groupe d’anciens responsables militaires : « La Troisième Guerre mondiale n’aura lieu que si ceux qui la font ont conclu par avance qu’elle est inévitable. Or ce n’est pas une fatalité, c’est un choix – qu’il nous revient d’empêcher. »
Conclusion : un équilibre précaire, un avenir incertain
En juin 2025, l’humanité se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, les parallèles troublants avec les périodes précédant les guerres mondiales – compétitions d’armements, alliances qui se crispent, nationalismes exacerbés, incidents répétitifs – sont bien présents. Le conflit dévastateur en Ukraine a réveillé le spectre d’une guerre majeure en Europe, et les ambitions de la Chine ou les provocations de la Corée du Nord font craindre un embrasement en Asie. L’interconnexion de ces crises laisse imaginer le pire : un enchaînement funeste où plusieurs foyers s’unissent en un incendie global.
D’un autre côté, l’histoire n’est pas écrite d’avance. Le sort d’un conflit mondial dépend des décisions – ou de l’autocontrôle – des dirigeants actuels, autant que des dynamiques structurelles. Des mécanismes de sécurité collective existent, même affaiblis : le Conseil de sécurité de l’ONU, le G20, les canaux diplomatiques peuvent encore servir de garde-fous si la volonté politique suit. Surtout, la conscience aiguë des conséquences cataclysmiques d’une guerre mondiale, chez les décideurs comme les peuples, constitue peut-être le meilleur frein. Même Vladimir Poutine ou Xi Jinping savent qu’une confrontation nucléaire ruinerait aussi leurs propres objectifs de pouvoir. Le tabou de l’arme atomique, ancré depuis 1945, continue de peser sur toute décision militaire de grande ampleur.
Nous naviguons donc dans un équilibre précaire. Le risque d’erreur existe – un missile égaré, un incident frontalier mal géré, un calcul politique erroné – et pourrait faire basculer la situation. Mais la raison et la diplomatie peuvent encore prévaloir pour désamorcer les crises. Des signaux encourageants, bien que timides, apparaissent çà et là : discussions sino-américaines reprises sur la sécurité, médiations pour prolonger les trêves au Moyen-Orient, mise en garde conjointe des cinq grandes puissances nucléaires contre la guerre atomique (déclaration commune de janvier 2022 rappelant qu’« il ne peut y avoir de vainqueur dans une guerre nucléaire ») (16).
Se dirige-t-on vers une guerre mondiale en 2025 ? La réponse n’est pas univoque. À court terme, la plupart des experts estiment qu’une escalade vers la Troisième Guerre mondiale peut être évitée, à condition de vigilance et de retenue. Toutefois, les tendances actuelles demeurent alarmantes : réarmement général, affaiblissement du multilatéralisme, discours bellicistes. Sans inflexion de ces courbes, le risque augmentera inéluctablement avec le temps. Certains fixent l’horizon dangereux à 2027 ou 2030, mais ce ne sont que des estimations ; l’histoire pourrait s’accélérer plus tôt si plusieurs crises convergent.
L’article que vous venez de lire a tenté d’offrir une vue globale, neutre et documentée de la situation au milieu de 2025. Son ambition est d’éclairer les enjeux pour mieux les désamorcer. Comprendre les motivations des acteurs, les points de friction et les scénarios du pire est indispensable pour mieux y parer. Le destin n’est pas scellé : il appartient à la communauté internationale, mais aussi à chaque citoyen informé, de peser en faveur de la paix. En 1914, la guerre mondiale a surpris des sociétés qui ne l’avaient pas vraiment vue venir. En 2025, nous n’avons pas cette excuse : nous voyons les nuages noirs à l’horizon. Reste à agir – avec lucidité, courage et persévérance – pour qu’ils se dissipent avant que n’éclate la tempête.
Sources :
- The Week, « Are we heading for World War Three? » (05/06/2025) – commentaires de D. Medvedev et V. Solovyov menaçant l’Occident d’Armageddon nucléaire.
- The Week (édition UK), Dossier « World War 3 » (05/06/2025) – analyses de multiples sources sur la Chine (menaces sur Taïwan, exercices militaires), la Corée du Nord (provocations, scénario front simultané) et l’Iran.
- Encyclopédie Wikipédia – Chronologie de l’histoire de l’Ukraine (consultation 2025) – indépendance de 1991 et contexte postsoviétique.
- CFR Global Conflict Tracker – « War in Ukraine – Background » (mis à jour 27/05/2025) – annexion de la Crimée en 2014 (prétexte de protection des russophones, référendum disputé) et déclenchement du conflit du Donbass.
- Crisis Group, « Conflit dans le Donbas : explications visuelles » (2022) – bilan humain de la guerre du Donbass (14 000 morts entre 2014 et 2022).
- Ifri (Thierry de Montbrial), entretien Le Figaro (09/03/2022) – analyse sur les objectifs de Poutine (neutralisation de l’Ukraine), la surprise occidentale, le risque d’escalade contrôlée et la crainte de l’hubris de Poutine.
- Institute for the Study of War (ISW) via CFR (27/05/2025) – données sur l’occupation russe (~20% de l’Ukraine) et gains territoriaux en 2024 (~4 000 km²).
- Newsweek via The Week (05/06/2025) – mention d’une attaque de drones ukrainiens (« Opération Spider’s Web ») détruisant des avions russes, et craintes de représailles russes.
- Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (OHCHR) – rapports civils Ukraine (2023) – total des victimes civiles (morts et blessés) > 40 000 depuis 2022.
- Gen. Cavoli (EUCOM), audition au Sénat US (04/2025) – évaluation des pertes russes « tués/blessés ~790 000 » et croissance de l’armée russe plus rapide que prévu (cité in L’Express, 2025).
- Kiel Institute for the World Economy, Ukraine Support Tracker (2025) – montant de l’aide financière et militaire occidentale à l’Ukraine depuis 2022 (~407 Mds $, dont 118 Mds $ USA).
- UNHCR & OIM (2023-2025) – statistiques sur les déplacés internes (3,7 millions), réfugiés (6,9 millions) et personnes en besoin humanitaire (12,7 millions) en Ukraine.
- The Guardian / Daily Mail via The Week (05/06/2025) – aide militaire fournie à la Russie par la Chine, la Corée du Nord (troupes ou armes) et l’Iran, créant un conflit en partie « globalisé par procuration ».
- The Guardian & Daily Mail via The Week (05/06/2025) – citation : éléments d’une guerre mondiale réunis en Ukraine (multiples pays impliqués) et menace d’embrasement européen si le conflit déborde géographiquement.
- Metro UK / Pr. Stephen Hall (Bath Univ.) via The Week (05/06/2025) – doctrine nucléaire russe (protection des infrastructures stratégiques) potentiellement prétexte à une frappe nucléaire en représailles à des attaques ukrainiennes.
- ONU, communiqué AG/12453 (26/09/2022) – déclarations d’António Guterres et Csaba Kőrösi (Président AG) sur le risque d’apocalypse nucléaire accru par la guerre en Ukraine, rappel de la déclaration commune des 5 puissances nucléaires (« no nuclear war ») et appel au désarmement.
- Texas A&M University, interview J. Castillo & J. Schuessler (22/02/2024) – définition d’une guerre mondiale (grandes puissances s’affrontant sur plusieurs fronts), comparaison Guerre froide/2025, sous-estimation de la puissance russe actuelle, importance du duel États-Unis/Chine comme critère décisif, prudence sur l’échéance.
- Discours officiels de Vladimir Poutine (2005, 2014…) – citation « la disparition de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du XX<sup>e</sup> siècle » (discours annuel 2005).
- L’Express (20/05/2025), dossier « Vladimir Poutine, la guerre d’après » – informations des renseignements danois sur les capacités russes futures (délais 6 mois/2 ans/5 ans), préparatifs de la Pologne et Baltes (mines, fortifications, budgets, formation des citoyens), déploiements russes (nucléaires en Biélorussie, renforcement Kaliningrad, modernisation infrastructures stratégiques), réforme de l’armée russe (objectif 1,5 M d’hommes d’ici 2026), citation Gen. Cavoli (avril 2025) sur le rythme de réarmement russe, etc.
- Le Point (07/12/2024), « Pourquoi la France ne se prépare pas à la guerre » – campagnes d’information en Europe (Suède, Finlande, Norvège livrent des guides aux citoyens), recensement d’abris en Allemagne et États baltes (« offensive bunker »), citation Boris Pistorius « Nous devons être préparés à une guerre », propos du général Olivier Kempf (pas de menace imminente mais anticipations avec arrivée de Trump), propos d’Annabelle Livet (FRS) sur la peur accrue proche de la Russie et la préparation aux conflits hybrides.
- Reporterre (29/11/2024), « Face au risque de guerre nucléaire, les États s’intéressent aux abris » – chiffres sur les abris en Europe (370 000 en Suisse vs ~1 000 en France), échanges Sénat français sur la faiblesse de protection civile, doctrine de dissuasion française (« si l’ennemi frappe, on va mourir »), citation Benoît Pelopidas (Sciences Po) sur la dissuasion = pari risqué, explosion de la demande de bunkers privés en France (200 appels/jour après déclaration Macron), sondage IFOP (oct. 2024 : 26,4 % des Français citent la guerre nucléaire parmi les 3 plus grands risques pour leur vie, vs 17,5 % en 2019).
- L’Express (30/10/2024), interview Robert A. Manning – alliance Russie-Corée du Nord (livraisons d’armes, entraînement de troupes), émergence d’un bloc Russie/Corée N./Chine vs USA/Japon/Corée S., analogie 1914, citation « la Corée du Nord pourrait être l’allumette qui déclenche un chaos mondial », scénarios d’escalade multi-fronts en Asie avec 3 puissances nucléaires impliquées.
- Federation of American Scientists (FAS) – Doomsday Clock 2025 (mise à 89 secondes) communiqué (28/01/2025) – justification « unprecedented danger », accumulation d’armes nucléaires, course aux armements, citation Daniel Holz (Bulletin) sur l’augmentation des arsenaux, etc.
- YouGov (sondage international, 2023) – proportion de citoyens pensant qu’une 3<sup>e</sup> Guerre mondiale est probable dans les 5-10 ans : France 53 %, Allemagne 55 %, Italie 41 %, Espagne 45 %, USA 45 %. Part estimant que ce conflit impliquerait des armes nucléaires : ~70 %. Part pensant qu’il ferait plus de victimes que les précédents : ~65 %. Une fraction 25-40 % anticipe des milliards de morts en cas de guerre mondiale dans la décennie à venir.
- Texas A&M University (Bush School) – « Are We Heading for World War III? » (22/02/2024) – propos de J. Schuessler et J. Castillo : ils jugent les analogies avec 1914/1939 exagérées, soulignent que la Chine est le seul vrai pair potentiel des USA, mais qu’elle n’a pas encore la stature militaire du défunt URSS, donc une guerre mondiale est peu probable à court terme. Ils évoquent toutefois le retour à une ère multipolaire où les conflits régionaux se multiplient du fait de la remise en cause de l’ordre américain.
- RTS / Nature Food (étude de L. Xia, Univ. Rutgers, août 2022) – impact d’une guerre nucléaire sur l’alimentation mondiale : hiver nucléaire, chute des rendements, famine tuant > 5 milliards d’humains (scénario USA-Russie).
- OMS Europe (communiqué 24/02/2025), « Trois années de guerre : hausse des besoins de santé mentale et de réadaptation en Ukraine » – 2 254 attaques contre des soins de santé documentées, citation d’Olha Zavyalova (médecin, Dnipro) sur l’épuisement du personnel et le vœu de fin de guerre, 68 % des Ukrainiens en moins bonne santé qu’avant-guerre, 46 % avec problèmes de santé mentale, 100 000 amputations dues à la guerre d’après Ministère ukrainien de la Santé (mi-2024), pénuries de spécialistes et de prothèses.